Nous avons appris à jouer le rôle, nous avons appris à sauver la face, nous répondons à l’image qu’on nous projette, nous répondons aux critères des conventions de nos univers social.
Nous collectionnons les visages qui conviennent à nos milieux. Nous avons appris le travail d’acteur, nous connaissons les mimiques qui nous maintiennent en vie dans la virtualité de ce monde hostile.
Nous avons joué la comédie et nous avons obtenu le poste. Nous contribuons à garder en vie l’image de la famille, l’image du groupe, l’image du métier, l’image du peuple …
Nous gardons dans nos tiroirs, la collection de nos masques qui conviennent à chaque soirée. Certains d’entre eux ont les traits du visage bien tracés par usure d’un sourire qui a pris son pli.
Nous recherchons dans le regard des autres, comme dans un miroir, le masque qui collera le mieux au visage de nos multiples identités.
Nous sommes entraînés dans la concurrence de la justification de notre existence, dans un monde aux multiples valeurs, aux multiples critères de réussite, aussi bien faire son chemin, sinon, aussi bien suivre la trace. Les traces se croisent et se dispersent, aussi bien chercher l’image de marque.
Nous avons perdu notre identité, nous avons oublié nos origines, nous ne savons plus d’où nous venons, de l’époque où nous sommes nés. Elle nous paraît à des milliards d’années, à des années lumières, dans les profondeurs d’un vide infini.
Nous avons perdu la face, nous avons perdu notre intégrité, nous avons perdu notre authenticité. Peut-être vaux-t-il mieux se tenir loin de la face de Dieu, loin de ce sentiment d’avoir échoué, d’avoir manqué le but, étouffer cette conscience, faire taire cette voix à l’intérieur qui dénonce les compromis que je fais pour servir les idoles du peuple.
Je me sens tiraillé à l’intérieur entre le désir de rester intègre et la pression extérieure d’avoir à maintenir le rôle qui m’apporte tant de bénéfices éphémères d’un monde appelé à mourir.
Ce monde où la vie est si courte, mais nous paraît interminable, ce monde immense face auquel je parais tout à la fois un minuscule point dans l’univers céleste et un dieu infiniment grand dans le monde de la poussière.
Nous avons joué la comédie et nous avons obtenu le poste, nous avons acquis de hautes fonctions où les compromis sont bien payés. Nous tenons baguettes d’une marionnette d’idole multinationale.
Ce qu’il nous reste, aussi bien mourir avec. De toute façon, il semble que Dieu nous cache sa face, ou peut-être est-ce parce que nous lui masquons la nôtre.
Peut-être serait-il temps que je me présente à lui à visage découvert? Mais alors faudra-t-il que je me départisse de ma collection de l’hypocrisie et retrouver enfin mon vrai visage et la liberté d’être qui je suis.